Une histoire de vengeance... de transformation... et de pardon...

 

Il était un « loup solitaire » – des années avant que le terme ne soit popularisé pour décrire les individus solitaires qui se servent de la religion pour justifier leurs tueries.

 

Dans les jours suivants les attaques du 11 septembre 2001, Mark Stroman débuta sa « chasse aux Arabes », – comme il le décrit lui-même – ses nuits occupées à rôder les autoroutes et chasser ses victimes hors du chemin.

 

Pour venger les morts des tours jumelles du World Trade Center, il se mit à fusiller des hommes qu’il croyait être Musulmans du Moyen-Orient – hors, ils étaient en fait des immigrants en provenance du Pakistant, du Bangladesh et un Indien. Il tua deux des hommes et blessa gravement le jeune homme du Bangladesh qui en perdit partiellement l’usage de la vue.

 

Heureusement, il fut arrêté avant de mettre à terme son plan de massacrer une centaine de fidèles Musulmans dans une mosquée locale de Dallas. Stroman voulait faire un geste « marquant comme Muhamad Atta (le terroriste du premier avion ayant frappé les tours) l’avait fait » et venger le meurtre insensé de ses confrères innocents en tuant des Musulmans innocents.

 

La presse à l’époque décrivit Stroman comme un « terroriste américain ». Aujourd’hui, nous pourrions tout aussi bien l’appeler un « loup solitaire Américain ».

 

De 2004, et pour les sept années suivantes, le réalisateur Ilan Ziv rencontra et se lia d’amitié avec Mark Stroman dans l’infâme couloir de la mort du Texas, où il était en captivité depuis sa conviction en 2002. Durant le procès, Stroman fut décrit par le procureur comme un « monstre, un cancer pour la société ». Toutefois, Ilan était perplexe de rencontrer un homme complexe, plein de contradictions, qui partageait un esprit trouble comme celui de tous les récents « loups solitaires » qui ont utilisé le Jihad comme un raisonnement pour leurs échecs personnels et la justification de leurs crimes. À ce moment, Stroman était déjà devenu un homme en quête de sens et de rédemption. Ziv entreprit donc de documenter ce qu’il appela « l’énigme de Mark Stroman ».

 

Le résultat est le portrait fascinant d’un meurtrier et un regard unique sur les changements profonds qu’il a traversés.

 

Ziv chroniqua sa relation en image, mais aussi mis en place un blogue pour Stroman. À l’insu du réalisateur et de Stroman, parmi la communauté de lecteurs grandissante était Rais Bhuiyan, le seul survivant de la tuerie de Mark.

 

Un pèlerinage islamique entreprit par Rais créa en lui un désir de pardonner Mark et d’épargner sa vie. Il eu une idée « étrange » : s’il voulait retrouver une paix intérieure, il devait entrer à nouveau dans la vie de Stroman. Il souhaitait confronter Stroman et lui parler face à face de cette attaque qui changea leurs vies.

 

Mark demanda pardon à ses victimes et Bhuiyan lui pardonna publiquement, au nom de sa religion et de sa notion de miséricorde. Puis, deux mois avant l’exécution de Mark, Rais mena une campagne juridique et publique contre l’État du Texas et le gouverneur Rick Perry, pour épargner la peine de mort à son agresseur.

 

Œil pour œil documente ce fascinant drame humain de vengeance, de transformation et de pardon, ainsi que la surprenante amitié qui se développe entre le réalisateur d’origine israélienne et Mark Stroman, qui d’ailleurs n’avait jamais voyagé au-delà de Dallas et encore moins du Texas.

 

Cette histoire est un message poignant dans un moment où la peur, la haine et la vengance font partie de la rhétorique quotidienne.

 

Trois jours avant son exécution, Mark Stroman a déclaré en entrevue : « Si une attaque terroriste se produit de nouveau, restez unis et ne stéréotypez pas les Musulmans... Ne soyez pas un imbécile... Ne soyez pas un autre Mark Stroman. » Ces mots sont plus pertinents aujourd’hui qu’au moment où ils furent enregistrés, seulement 5 ans plus tôt.

ŒIL POUR ŒIL

UN FILM DE ILAN ZIV